Voir le «Fokus» de Françoise Delorme, Cinq poètes pour l'été (Viceversalitterature.ch, 28.07.14)
[...] Dans Paravalanches, de Sybille Monney, au contraire, aucun lyrisme débridé. Une langue nue, claire, très ordinaire, veille à rester au plus près d'un réel pas toujours facile – deuil et désillusions sont au rendez-vous. Il se lève de ces proses très précises, quasi littérales si l'on veut dire par là qu'elles n'offrent en apparence pas de lecture symbolique, une sorte de sens affiné. On imagine de tels fragments plutôt comme les morceaux d'un seul poème à trous, une sorte de célébration du monde et de la vie, de la lutte et des pertes qu'elle impose à chacun, sans peur de ne pas réussir. La poète regarde, elle écoute, observe, se souvient et désire, cherche une musique juste. C'est par la sobre évocation de sentiments et d'aventures enfantines, banales, fragiles et étonnées, que le lecteur pénètre avec une curiosité avivée dans une expérience toute humaine des mots, de la montagne, de la forêt, des autres:
Les chaussures des enfants ne vieillissent pas.
Il est alors possible de construire un barrage plus ou moins sûr, provisoire. Il aura tenu, un peu, assez pour que le mot «vivre» prenne sens en se nourrissant d'un apprentissage singulier et solitaire de la langue, du partage de la difficulté d'être et de rester vivant, de «continuer. [Et de] Faire avec l'absence une présence.» [...] (fd)