Le troisième roman de Catherine Lovey, ancienne journaliste économique et diplômée en criminologie, tourne autour de la figure de l’oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski. L’ex-roi du pétrole envoyé en Sibérie en 2004 la fascine, à l’instar de son héroïne Valentine, une écrivaine qui décide de partir sur les traces du milliardaire déchu. Dans L’Homme interdit et Cinq vivants pour un seul mort, l’auteure d’origine valaisanne mettait en scène des personnages en route vers un ailleurs, exilés intérieurs lancés dans des enquêtes aux allures de quêtes intimes au fil desquelles ils finissaient par s’égarer. Dans Un roman russe et drôle, c’est littéralement qu’on perd Valentine : après un début à la première personne, sa voix disparaît et le récit est pris en charge par les lettres que Jean, son meilleur ami, échange avec une certaine Ioulia chargée de coordonner les recherches. Avec ses personnages qui s’échappent et lui échappent, Lovey semble signifier que tout contrôler est illusoire, dans la vie comme dans l’écriture où grande est la prise de risque : le langage est ici le lieu de l’expérimentation et les mots, fragiles et incertains, offrent une multiplicité de visions et de vérités.
(Anne Pitteloud, Viceversa Littérature 5, 2011)