Corpo stellare
Par : Fabio Pusterla
- Marcos y Marcos, Milano, 2010
Chaque livre, disait Valerio Magrelli, n'est qu'une fusée dans un ciel inconnu éclairant pour un bref instant notre besoin de consolation ; il est pourtant un moment où les éclats de micas déposés patiemment dans les pages par un auteur tracent un chemin qui libère la voix à son degré le plus incandescent. Corpo stellare (« Corps d'étoile ») est le livre le plus mûr, le plus complexe et le plus complet de Fabio Pusterla. Sa géométrie parfaite, sa lisibilité jamais banale, ses thèmes de plus en plus marqués par une opposition viscérale à tout pouvoir (politique, biologique, déshumanisant) forcent l'admiration. La musique particulière de Fabio Pusterla s'est affirmée peu à peu : d'abord tirant son énergie d'un lieu et d'une appartenance mentale (sur la trace de Giorgio Orelli et Vittorio Sereni), ensuite élargissant son souffle et sa géographie (vers le Grand Nord avec Bocksten [Me voici là dans le noir], vers la poésie européenne d'un Jaccottet ou d'un Bonnefoy avec Les choses sans histoire). Mais si les deux ouvres précédentes (Pietra sangue et Folla sommersa) laissaient entrevoir le risque d'un léger moralisme (d'une attitude « surplombante » du poète), Corpo stellare ne se fige dans aucun contentement, c'est un chef-d'ouvre mût par l'inquiétude et la grâce, troublant et puissant.