Charles Ferdinand Ramuz

À l'heure où les lecteurs francophones effacent les distinctions nationales pour mieux apprécier les écritures singulières, l'œuvre de Ramuz apparaît comme l'une des plus originales du XXe siècle. Précédant Céline ou Queneau, aussi déterminé que Péguy et Claudel à imposer sa propre langue, Ramuz a émancipé la voix romanesque des conventions classiques et académiques. Bien qu'elles aient pour cadre quasi exclusif le monde rural de la Suisse romande, ses intrigues traitent sur leur mode particulier les questions du siècle, et les nôtres: le deuil des valeurs communes, l'avènement de l'individu, l'impossibilité des relations, les leurres du désir. Au-delà de ce versant sombre, l'œuvre de Ramuz est aussi une quête de la beauté et une recherche têtue d'un accord entre l'homme et la nature, qui aboutit parfois à la salutation lyrique du monde. Outre ses vingt-deux romans et ses quelque cent quatre-vingt-dix nouvelles, Ramuz a rédigé des poèmes, des essais, des écrits autobiographiques et il a écrit pour Igor Stravinsky le livret d'Histoire du soldat. Il a également participé intensément à la vie culturelle et éditoriale de la Suisse romande (direction de revues, chroniques, etc.).
Né à Lausanne le 24 septembre 1878 de parents citadins et de grands-parents paysans et vignerons, Charles Ferdinand Ramuz fait des études classiques, jusqu'à la licence ès lettres à l'Université de Lausanne, obtenue en 1900. La même année est celle de son premier séjour à Paris, où il résidera (avec de fréquents retours en Suisse romande) jusqu'en 1914. De cette période parisienne datent des recueils de poèmes (Le Petit Village, 1903; «Petits poèmes en prose», 1904) et, dès le coup de maître que constitue Aline en 1905, les premiers romans, dont Jean-Luc persécuté (1909), Aimé Pache, peintre vaudois (1911) et Vie de Samuel Belet (1913). Certaines de ces œuvres sont marquées par la découverte, dès 1906, du canton du Valais (dans les Alpes, aux sources du Rhône). En 1913, il se marie avec Cécile Cellier, artiste peintre, et ils ont une fille. L'année suivante, Ramuz revient en Suisse, accompagné d'un manifeste: Raison d'être. De 1917 à 1921, il publie des romans de collectivités que perturbent des phénomènes extraordinaires: Le Règne de l'esprit malin, La Guérison des maladies, Les Signes parmi nous, Terre du ciel. Salutation paysanne et autres morceaux (1921), un recueil de proses mi-narratives, mi-descriptives, au lyrisme puissant, choque les lecteurs puristes (répétitions, marques de la langue orale, syntaxe peu conventionnelle). De 1922 à 1927, en dépit de l'opinion conservatrice, Ramuz poursuit dans sa voie, ce qui donne des livres que l'on tient aujourd'hui pour les plus innovateurs (Présence de la mort, L'Amour du monde) ou les plus aboutis: Passage du poète, La Grande Peur dans la montagne, La Beauté sur la terre. Dans une «Lettre à Bernard Grasset» (1928), éditeur avec qui il est sous contrat depuis 1924, Ramuz se justifie contre les critiques sur son style et son usage du français. En 1930, Ramuz s'installe à Pully, près de Lausanne, où il passera la dernière partie de sa vie. Dès les années 1930, sa place est acquise dans les lettres suisses et françaises. Ramuz publie des essais (Taille de l'homme, Questions, Besoin de grandeur) et des textes autobiographiques (Découverte du monde), en plus de romans tels que Derborence, Le Garçon savoyard, Si le soleil ne revenait pas. En 1940-1941 paraissent ses œuvres complètes en vingt volumes, avec des extraits de son Journal. C'est sans doute la guerre qui empêche Ramuz d'atteindre, en Europe, une plus large audience du point de vue éditorial. Ramuz meurt le 23 mai 1947.

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