Claude Delarue : La Grandeur des perdants
Autour du livre d'Isabelle Martin
Isabelle Martin leitete die Literaturbeilage der «Samedi littéraire» des Journal de Genève, danach den Literaturteil der Zeitung Le Temps. Heute publiziert die Journalistin und Literaturkritikerin einen Text über Claude Delarue, einen Text, der weniger ein literaturkritischer Aufsatz sein sollte als vielmehr eine neue und aufmerksame Betrachtung seiner Werke sowie eine empathische Lektüre. Der 1944 in Genf geborene Autor Claude Delarue liess sich bald in Paris nieder. Mit jedem seiner Werke fügt er ein weiteres organisches Stück seinem Oeuvre hinzu, das sich bereits aus mehr als zwanzig Titel zusammensetzt und hauptsächlich aus Romanen besteht, die mit etlichen literarischen Preisen ausgezeichnet wurden. Seine Romane, reich an Kultur und Vorstellungskraft, zeichnen sich durch eine Evokationsfähigkeit aus, die den Leser oft in unheimliche Welten mitnimmt, in welchen eine teils barocke, teils seltsame Ästhetik herrscht und in denen Wahnsinn und schöpferische Kraft dicht nebeneinander liegen. Isabelle Martin skizziert in ihrer leicht zugänglichen Untersuchung die geographischen, physischen, genealogischen, ästhetischen und künstlerischen Eckpunkte dieses beachtlichen Werkes und bietet somit die Gelegenheit, sich (wieder) der Lektüre eines der Titel hinzugeben, zum Beispiel En attendant la guerre – in einem alpinen Bollwerk, das zu einem Atombunker umfunktioniert wurde, spielt sich ein ein _huis clos _aus Liebe und Tod ab – welche die Editions Zoé gleichzeitig wieder herausgeben.
(ev, Übersetzung von ja)
Claude Delarue est né en 1944 à Genève où il a vécu, avant de s’établir en 1972 à Paris. Son écriture l’a pour ainsi dire suivi dans cette expatriation. En effet, il n’avait plus situé de fiction en Suisse depuis _En attendant la guerre, _que les Editions Zoé viennent de rééditer. Ce récit publié pour la première fois en 1989 est emblématique du travail de l’auteur, avec pour héroïne une ex-actrice en fauteuil roulant, pour décor une forteresse sise sur un immense abri antiatomique et pour drame une passion amoureuse intense et ravageuse.
En 2005, l’écrivain a fait un retour momentané au pays natal via _La Comtesse de Dalmate. _Lors de la sortie de ce roman endiablé dans les eaux troubles du déplaisir, Claude Delarue confiait : « De temps en temps, j’éprouve la nécessité de parler de mon pays natal, pour lequel je ressens malgré tout une certaine nostalgie, parce que c’est le pays de mon enfance. Cela fait trente-deux ans que je l’ai quitté, mais si j’y reste un peu longtemps, je ressens le même agacement que jadis. »
Auteur d’une œuvre en construction, déjà riche d’une vingtaine de titres (principalement de fiction), et dont chaque nouvelle parution en renforce la cohérence, Claude Delarue connaît sans nul doute « le sort inconfortable des écrivains reconnus comme tels mais parfois traités par la critique avec une distraction qui frise la désinvolture » (Livres Hebdo, 2002).
Directrice du supplément littéraire du Journal de Genève, puis des pages livres du _Temps, _à présent à la retraite mais toujours active dans le monde littéraire, Isabelle Martin comble ainsi une belle lacune. Son livre Claude Delarue : La Grandeur des perdants (Genève, Zoé, 2011) se veut « moins un essai critique qu’une relecture attentive et plutôt empathique », avec pour but de « faire partager une admiration de longue date, en donnant le plus souvent possible la parole à l’écrivain ».
En sorte que la journaliste propose un itinéraire commenté à travers les textes de Claude Delarue, dont les repères sont une série de critères géographiques, psychologiques, généalogiques, esthétiques, artistiques.
L’avant-propos est suivi d’un « Abécédaire biographique », où le mot fiction mérite un arrêt particulier : « J’estime que la fiction peut servir à exposer certaines idées, et que c’est un tort de dire, comme on a tendance à le faire en France, que les idées ont leur territoire propre et ne doivent pas venir encombrer le roman. Or, le roman est un genre multiple dans lequel on peut mettre ce que l’on veut, pourvu que ça fonctionne », note Claude Delarue.
On le constate vite en le lisant, l’écrivain nourrit effectivement ses nouvelles et romans tout à la fois d’idées, de culture et d’imagination. Réflexives et complexes, foisonnantes et baroques, instructives et jouissives, ses narrations sont construites autour d’une série de couple d’antagonistes (bien-mal, laideur-beauté, excès-carence, vrai-faux, plaisir-déplaisir). Elles sont tissées d’un réseau d’énigmes artistiques, psychiques, sentimentales, métaphysiques, identitaires et/ou politiques, c’est selon.
Par exemple, dans _Nâga, _dernier volet d’une trilogie archéologique, trois types de récits se nouent autour d’une Malaisienne revenant à la forêt de son enfance pour s’initier à la sorcellerie et d’un colosse écossais de 2m12 malade du cœur dans tous les sens du terme.
Confrontés à leurs propres énigmes et à celles du monde, en manque de père(s) et de repères, les héros delaruiens ont des physiques singuliers et des esprits peu communs. Leurs champs d’orgueil sont tourmentés et soumis à de virulents principes destructeurs et créateurs. Ces personnages hors normes font l’objet d’un chapitre, tout comme le thème des « Lieux », de « La quête », de « La généalogie », de « L’archéologie », de « La folie » et de « La violence ».
Isabelle Martin ajoute à cette géographie littéraire un survol succinct de l’œuvre, une revue de presse et une bibliographie.
Au final, l’essai d’Isabelle Martin parvient à être accessible et digeste, tout en montrant l’ampleur et l’importance du travail de Claude Delarue. Reste pour le lecteur à toucher cette complexité, l’ironie et le lyrisme de son écriture, en se plongeant dans un de ses romans.