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« Sehnsucht » de traduction

Petit aperçu du concours de traduction aller-retour

En marge de l’édition qui s’est déroulée le 6 mars 2021 à Fribourg, et surtout en ligne, le festival de traduction et de littérature aller↔retour avait lancé un concours de traduction destiné aux amateurs et amatrices, ainsi qu'aux élèves du secondaire II. Les participant·e·s de ce concours avaient le choix entre un poème en français de Thierry Raboud, un poème en suisse-allemand offert par Ariane von Graffenried et un poème en allemand d’Eva Maria Leuenberger. Parmi la multitude des traductions reçues, dix prix et huit distinctions particulières ont été attribués. Cet article présente le concours et trois parmi les poèmes récompensés.

Traduire un poème : un projet fou, impossible, utopique ?
Sans doute.
Et c’est peut-être justement une bonne raison pour se lancer.
Le poème d’Eva Maria Leuenberger soumis aux participant·e·s de ce concours (voir ci-dessous) s’articule autour d’un de ces intraduisibles de l’allemand : Sehnsucht.
Et d’une certaine manière, n’est-ce pas là l’essence de la traduction littéraire : le désir de percer un texte à jour, l’élan de le partager, l’envie de saisir quelque chose qui nous touche, de le faire sien, toute cette tension vers l’autre alliée à la mélancolie de l’impossible.

Et d’ailleurs qu’est-ce qu’une traduction réussie ? Existe-t-elle seulement ? On y tend, sehnsüchtig, emplis de nostalgie. Les bonnes traductions sont des traductions qui entrent en dialogue avec le texte de base, qui touchent, qui questionnent, qui résonnent, qui créent un espace poétique à découvrir.
Chaque traductrice, chaque traducteur, fût-il apprenti, a une manière singulière d’approcher un texte, de s’en emparer… et le texte traduit portera les marques de sa vision du monde, ou du moins de la littérature, de sa sensibilité, mais aussi de son rapport à sa propre langue.
C’est pour proclamer cette vision plurielle de la traduction que le concours annonçait d’entrée plusieurs catégories de prix. Le podium a fait place à une série de marchepieds, de hauteurs égales mais répartis arbitrairement dans l’espace, intitulés : musicalité, cohérence, langue, audace,…
Face à la qualité des contributions, d’autres piédestaux ont été ajoutés, afin de rendre hommage à un travail collectif fructueux, à un bilinguisme remarquable, et même à une non-traduction : un poème comme en écho, reprenant les idées et les métaphores, mais pour les transposer librement dans un autre univers poétique.

Tout choix comporte une part d’arbitraire et bien des poèmes auraient pu être mentionnés. Le travail d’un jury s’élabore comme une traduction : dans l’instant, à l’aide d’arguments imparables que l’on pourrait soi-même rejeter dans l’heure qui suit. Qu’est-ce qui finalement donne la touche qui fera la différence ? Un rythme, un souffle, insaisissable.
Dans un collage, nous avons voulu faire entendre de façon un peu impressionniste la diversité des lectures, des solutions et choix, qui finalement se déploient comme une corolle autour des pistils de l’original.

audio-collage-traduction-leuenberger

Un mot qui éveille une image, une sensation, et déjà on ferme les yeux sur les erreurs d’interprétation. Comprendre tard pour bar, est moins grave qu’une ligne plate, une formule sans âme, d’autant qu’on se trouve dans l’espace d’un concours, sans visée de publication, qui elle serait encadrée, et relue, étape précieuse, par d’autres yeux. Ainsi arrive-t-il, dans nos traductions du concours, que la nostalgie, ou quel que soit le mot donné à ce sentiment mystérieux, devienne une fenêtre au cinquième vers, bien que l’original ne propose pas de comparaison directe, seulement une apposition.

S’il n’y a pas de meilleures traductions, il existe bien quelques traductions préférées, et parmi celles-ci nous en avons choisi trois pour rendre ici en français le poème d’Eva Maria Leuenberger dans son entier.
Bien souvent dans leur contribution en français, les participant·e·s ont introduit des rimes quand l’original n’en présente pas. Preuve que dans la tradition française, la rime est encore un marqueur poétique fort, et souvent synonyme de rythme et de musique.
Pari parfois risqué, mais pari relevé pour Raphaela Almeida Dias, du collège de Saussure à Genève, lauréate du prix de la musicalité, qui réussit l’exploit de rimer son poème sans trop rajouter d’images, attentive au champ lexical du poème original. L’harmonie et la douceur qui se dégage de l’ensemble retrouve par un détour le rythme de la version allemande.
Anthony Hermann & Ludivine Vesin, du collège Saint-Croix à Fribourg, ont réalisé une traduction collective à la fois créative et précise. Leur décision, osée, de travestir le vague à l’âme en une vague ajoute à l’ensemble un mouvement qui le rapproche de la tension contenue dans Sehnsucht.
Le prix, déjà évoqué, de la non-traduction revient à Chloé Devaud du Collège St-Michel à Fribourg, qui livre dans son poème une interprétation de l’essence de l’original. Dans non-traduction on entendra d’abord traduction, et celle-ci peut être vue avant tout comme une notion de relation. Qui peut être de nature tout à fait variée et diverse, mais avant tout causale : l’un déclenchant l’écriture de l’autre... Il y a pour nous fort à parier que le poème de Chloé Devaud n’aurait pu exister sous cette forme, avec ces mots, sans l’original d’Eva Maria Leuenberger.


En marge de l’édition qui s’est déroulée le 6 mars 2021 à Fribourg, et surtout en ligne, le festival de traduction et de littérature aller↔retour avait lancé un concours de traduction destiné aux amateurs et amatrices, ainsi qu'aux élèves du secondaire II. La diversité des prix remis visait à mettre en valeur la multiplicité des critères qui fondent une bonne traduction. Il n’y a jamais qu’une seule bonne solution : il y a les choix et les priorités que l’on se fixe en traduisant.
Ainsi le jury, composé de deux traductrices, Lydia Dimitrow et Camille Luscher, d’un poète, Beat Christen, de Florence Widmer, responsable des programmes d’aide à la relève pour le Collège de traducteurs Looren et d’une enseignante et organisatrice du festival, Sylvie Jeanneret, s’est réservé le droit d’ajouter des catégories en fonction des poèmes qu’il voulait distinguer.
Les participant·e·s de ce concours avaient le choix entre un poème en français de Thierry Raboud, un poème en suisse-allemand offert par Ariane von Graffenried et un poème en allemand d’Eva Maria Leuenberger.
Ce sont finalement 10 prix qui ont été attribués, et 8 distinctions particulières parmi la multitude des traductions reçues. 120 textes, près de 150 participant·es (plusieurs élèves s’étant réunis pour composer une traduction collective) en provenance principalement des collèges de Fribourg et de Genève. Un dossier pédagogique a également été réalisé et diffusé en amont du concours afin de sensibiliser les classes qui le souhaitaient aux enjeux de la traduction.
Plus d’informations sur le concours et le dossier pédagogique sur les site du festival et du concours.

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