«Mon uterus est ton univers» (Open Call Sofalesungen 1/6)
En presque douze ans et 500 événements (dont 100 Lectures Canap en Suisse romande), les Sofalesungen sont devenue un foyer pour la jeune littérature suisse. Pour fêter ce jubilé, l’équipe a lancé un appel à texte destiné à des auteurixces n’ayant encore jamais publié de livre en leur nom. L’appel a récolté 111 textes en allemand et en français, dont 6 ont été primés par un jury indépendant. Viceversa s’associe au projet et publie les textes lauréats, dans leur version originale et en traduction.
des perles éclatent
derrière la paroi abdominale
une fine couche
implantare
dans le creux de mon ventre
metra, hystera, delphys
je prépare un gâteau
là-dedans pousse un fruit
650 grammes
puis un kilo
puis tu es là
tu tombes sous l’effet de la gravité
avant tu flottais
amnion fluidum
il me coule de la bouche
ostium uteri internum, ostium uteri externum
ton corps a le motif de ma peau lorsque je le caresse
je t’imagine
je prépare un gâteau, le cache bien au fond de moi
un picotement, à l’intérieur, une légère palpitation, ton cœur bat
changement de fréquence
je compte deux souffles
150 battements par minute
je suis avec mes cils
la courbe sur le papier
une ombre
fet, foet, je te sens quand même
je te vois cligner à travers la paroi abdominale
x, y, x, yx, xx, yx, yy, xxyx
tu te tiens fort à un cordon
enroule-toi
mon fruit a un goût sucré
funiculus
umbicilus
ma voix traverse les tissus
entouré de fibres, tu t’es emmêlé
tes os sont encore mous, des traits de lumière ramifiés, entremêlés comme de la laine
jusqu’à la moelle, un courant chaud
entraîne-moi
salut fet, foet, je te sens quand même
20 centimètres
m’assouplir, m’élargir
pelvis
plexus lumbalis
des lignes en zigzag
m’ouvrir
des battements d’ailes, de l’intérieur
ton cortex cérébral forme un cercle
autour de mon poignet se pose
ton nom invisible
sur tes alvéoles pulmonaires une lisière claire
diffusion à travers la membrane filtrante
une peau autour de l’œuf
je vais tenir ta petite tête dans ma main
le ligament est encore solide
ligamentum latum
la mer coule
vena uterina
trois couches
éroder
creuser
fet, foet
ton langage palpitant
dans le plasma, un noyau
bulbus vestibulita descente par vagues
musculus transversus profundus
une formule magique et te voilà
surgi, ramification, une boucle
bercer, entouré de rêves
salut fet, foet
croissant de lune
ton corps regarde à travers le mien
la lumière peint ton enveloppe en rouge
longueurs d’ondes de 620 à 750 nanomètres
magenta et jaune, cyan filtré, pourpre, ultraviolet
je ne serai plus jamais sans toi
tu me regardes, écoutes, un grondement sous la paroi abdominale
délicatement bordé, enveloppé, ta cavité est un nid moelleux
nidification
le croissant de lune se remplit, incrementum
je déambule à travers des couloirs chauds et arrondis, d’un pas léger
m’allonge dans chaque creux, chaque alcôve
chaque recoin se remplit de lumière rouge, chaude, un fourmillement
inonde chaque couche, stratum, tabulatum
éroder, mettre à nu, pénétrer plus profond, tout inonder
fluctus, pelagus
me balancer avec toi, de haut en bas
j’entoure la terre de ma hanche
je danse sur tes chansons
je dis à tes rêves qu’ils sont beaux
je mets un souffle entre nous
j’attends la douceur, en reçois une goutte
je capte la rafale que tes vagues lancent dans le vent
je perçois ton souffle, il tourbillonne
75 kilomètres-heure, encore 20 et ça devient un ouragan, un typhon, une tornade
les espaces de mon corps s’élargissent, tu nettoies le sable de chaque interstice
j’entends ton appel à l’horizon, pars dilatativatu afflues avec la marée, tu respires
mes mots, je te les crie
au rythme du ressac
à l’éclosion des fleurs, éclat délicat
sous les écailles, tes paupières s’ouvrent
je m’abandonne, je m’abandonne complètement à toi
avec plaisir, avec délectation
je te sens de l’intérieur tracer les contours de mon corps
cavum uteri, tu franchis chaque passage étroit
tu afflues avec la tempête
tu es porté, cavitas choori, tu nages encore
à travers la membrane résonne ta voix
elle emplit l’espace, folliculus, puis nidus
dans le peritoneum, tu glisses hors de ta cavité
déferlante du courant d’un amas de météoroïdes
tout le corps velouté
je me promène sur la petite colline, avec grâce, comme Vénus
et je glisse dans la vallée, profond, chute libre
tu te blottis dans chaque courbe, impatient
vagina musculi recti, abdominis, lamina anterior
de l’enveloppe du creux se détache un mot
enveloppé de rouge, torrent de feu
ton langage, écho derrière la paroi de la cavité
les étoiles explosent
mon utérus est ton univers
paires de labia, labia externes et internes
tu t’étires entre elles
pousses, frappes, te lances avec force, exploses
dans l’eau, dans le tourbillon, un émerveillement
j’entends nos corps bruisser
je t’attrape
avec chaque cellule, au ralenti
m. obliquus extermus
je te tiens
tu m’enveloppes de ton cœur, je te sens de partout
tu me bois, me dévores
je te serre contre moi
glandula mammaria, tremblement de poitrine, papilla, mamilla
tu cherches le mamelon avec ta bouche, tu enserres, tu te fonds
ductus lactifer, flot blanc, un courant de moi à toi
tu résonnes en syllabes non-dites, tes phrases s’illuminent en rouge
Le jury
- Stephan Bader, journaliste, codirecteur du Festival international de littérature de Loèche-les-Bains et vice-président de l’Association Sofalesungen.
- Camille Rebetez, dramaturge, médiateur culturel et responsable des Lectures Canap pour le Jura et la Berne francophone.
- Barbara Lussi, collaboratrice et diplômée de l’Institut littéraire suisse.
- Raphaëlle Lacord, traductrice et co-rédactrice en chef de la plateforme viceversa.
- Ava Slappnig, pour le magazine littéraire Edition Gossip.
- Sonja Muhlert, éditrice chez Verlag die Brotsuppe