Alexandre Voisard, poète jurassien, revient après de nombreuses publications – la première date de 1954 – sur le statut du poète dans un petit livre vif et frondeur: La Poésie en chemins de ronde. Il y rassemble des fragments très assertifs sur la poésie, se contredisant souvent, mais en toute cohérence. Le poète décline la métaphore militaire jusqu’à d’extrêmes conséquences: le travail du poète, guerre incessante et nécessaire, peut réinventer le rapport si vite convenu entre mots et choses, entre mot et mot. Lutter, c’est aussi veiller. Une autre métaphore éclaire ces fragments, celle de la lanterne, lumière précaire qui fait apparaître le(s) chemin(s) en renouvelant les mots qui «viennent comme du pollen sur la bouche». Malgré une grande assurance, la lumière des poèmes reste ténue, parfois blessée par les mots eux-mêmes: «La poésie est clarté. Seuls les mots sont troublants.» Ces proses brèves réaffirment une allègre confiance en la poésie. La joie de vivre une belle aventure surgit, celle de «trouver un ton au bout d’une note que chacun s’accorde à trouver juste».
(Françoise Delorme, Viceversa Littérature 5, 2011)