Entretien
Thomas Dayer sur Rapport aux bêtes de Noëlle Revaz
A 33 ans seulement, une Valaisanne, Noëlle Revaz, voit son premier roman publié chez Gallimard
Tout enjouée par la sortie encore fraîche de Rapport aux bêtes, Noëlle Revaz avoue qu'elle n'avait jamais osé imaginer une telle issue. «Après avoir terminé ce manuscrit, j'ai attendu plusieurs mois avant de l'envoyer. Ça n'a pas été une démarche facile.» Et aujourd'hui, voilà que cette jeune Valaisanne se retrouve propulsée sur le devant de la scène littéraire francophone. Entretien avec une femme épanouie.
Peut-on dire que vous avez été baignée toute petite dans un environnement propice à la lecture et à l'écriture?
Sans doute. Quand j'étais enfant, je lisais énormément. Mais le souvenir le plus précis à m'avoir marqué est celui de ma première rédaction à l'école: ça a été le coup de foudre. J'étais vraiment enthousiasmée par les mots, par l'écriture. Ensuite, j'ai beaucoup griffonné, mais je n'ai jamais terminé quoi que ce soit avant de commencer à écrire pour la radio, en 1996. A ce moment-là, j'ai eu l'occasion de vraiment m'y mettre. J'ai écrit une nouvelle par semaine pendant une année. C'est dans cette lancée que j'ai amorcé Rapport aux bêtes, en pensant que ce serait juste une longue nouvelle.
Combien de temps avez-vous pris pour écrire ce qui est devenu votre premier roman?
Je l'ai commencé début 1997 et fini dans le courant de l'an 2000. Mais je ne l'ai pas écrit en continu, j'ai parfois laissé tomber le manuscrit pendant plusieurs mois. C'était un long processus, d'autant plus que j'écris très lentement, parce que je travaille beaucoup le style.
Vous avez entièrement créé le langage que vous utilisez. Cela a-t-il été difficile?
Non, c'était plutôt naturel: je ne supportais plus d'écrire de manière classique. Je trouvais ça mort, ça me pesait. J'avais l'impression qu'il fallait que je trouve une autre vitesse, une autre vitalité. Alors, j'ai passé de l'imparfait, du passé simple au présent. J'ai changé les personnes, j'ai essayé quelque chose de plus direct. Je cherchais un certain rythme, une certaine couleur. Ça a amené les tournures du langage parlé.
On en vient à vous comparer à Ramuz. Comment réagissez-vous à cela?
D'un côté je suis un peu agacée. Je me dis: «Une Suissesse écrit, on la compare tout de suite à Ramuz!»
Mais d'un autre côté je comprends, car le thème de Rapport aux bêtes est rural. Ramuz a beaucoup écrit sur la vie dans les villages, à la campagne. Il a aussi fait des recherches sur le style. Et il y a aussi ce clin d'œil que je fais à la fin du livre. Par cela, j'accepte le rapprochement. Mais à aucun moment, en écrivant le livre, je n'ai vraiment pensé à lui.
Dans Rapport aux bêtes, Paul, le frustre paysan, nourrit plus d'affection pour ses bêtes que pour sa femme. C'est cruel comme vision des choses...
Mais je pense que ça existe souvent! Il y a tellement de gens qui ont des animaux et qui préfèrent vivre avec eux plutôt qu'avec un partenaire. C'est tellement plus facile et plus simple. Les rapports avec les animaux sont limpides, on en fait ce qu'on veut, on leur prête les pensées qu'on veut et on reçoit d'eux ce qu'on veut.
Comment vivez-vous l'après-parution de votre premier roman?
Je suis très occupée, très sollicitée. Mais je suis très contente de l'avoir publié. J'ai beaucoup hésité avant de l'envoyer, de faire ce pas important. Maintenant, je suis satisfaite parce que j'ai la sensation d'être reconnue dans mon travail. Que demander de plus?
(Thomas Dayer, Le Nouvelliste)