Dans Au village, les demandes que les habitant·e·s, ou les hôtes de passage, ont formulées, par écrit ou par oral, sont résumées en quelques lignes, définissant une thématique, et, souvent, précisant les circonstances du motif ou du but de la requête. Le protocole repose sur des interactions, les textes sont écrits sur commande puis délivrés à leurs destinataires. On a le sentiment que parfois les gens ont été curieux de tester les capacités des écrivains, en leur donnant comme sujet «Une histoire du village, il y a 200 ou 300 ans», «Arbre – arbres – arc-en-ciel», ou «Le courage». De nombreuses demandes sont en elles-même des poèmes. On ne sait pas comment les trois écrivains se sont répartis le travail; les textes, tous réussis, sont extrêmement divers, on ne distingue pas qui a rédigé lequel, seule une table en fin de volume permet de le découvrir. Ludiques, graves, émouvants, anecdotiques, intimes et délicats, ces textes dessinent, pour reprendre la formule d’Annie Ernaux, «la réalité d’une époque», mais surtout ils présentent une intéressante cartographie des situations où l’on estime qu’une lettre, ou un discours, ont un rôle essentiel à jouer, parce qu’ils permettent d’exprimer des sentiments profonds, souvent indicibles dans la vie quotidienne.
(Extrait de l'approfondissement La parole d'autrui comme impulsion pour écire, de Claudine Gaetzi)