Note Critique

Claudine Gaetzi sur Ombeline et Rodogune d’Alice Bottarelli

Le récit commence par une collision entre une charrue tirée par deux bœufs et un attelage de quatre chevaux conduit par un pilleur de maison transportant des coffres remplis d’or. Personnes et biens disparaissent dans un ravin, et le petit Rodogune, un enfant privé de « certaines facultés de raison », devenu orphelin, est confié à un pèlerin nommé Imier. Un autre accident, une glissade sur une racine mouillée projetant Rodogune si fort contre une souche qu’il s’évanouit. Ombeline, une jeune vagabonde, s’arrête, saisie par la sérénité qui émane de Rodogune gisant inconscient. Ainsi débute leur amour qui leur fera vivre d’extraordinaires péripéties.

Rodogune semble être « d’une sorte de monde à part », tandis qu’Ombeline vit à la marge, en sauvageonne. Comme en écho à ces personnages, dont l’existence se situe dans une zone intermédiaire, entre réalité et songe, ou utopie, le récit défie les catégorisations génériques. Débutant « en l’an de grâce 599 », il résonne, dans ses longues phrases alertes et rythmées, d’une multitude d’intertextes qui évoquent le roman pastoral, le conte initiatique, la fable, la vie de saint, il renvoie à des récits bibliques et à des légendes régionales, laissant les éléments fantastiques et merveilleux s’infiltrer dans une trame pseudo-historique, où les coïncidences surprenantes s’enchaînent fluidement. La voix narrative nous signifie qu’elle existe depuis « les limbes d’un moyen âge invraisemblable » jusqu’à aujourd’hui, d’où elle raconte grâce à la plume omnisciente d’un saint immortel qui n’a rien d’autre à faire « qu’écrire sa propre légende des siècles. »

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