Changer de lieu pour changer de vie: ce thème se retrouve dans le nouveau roman de l'Alémanique et dans son premier album pour la jeunesse, deux poursuites d'un rêve.
Peter Stamm est un sismologue de l'intime. Né en 1963, il cartographie le désarroi existentiel de sa génération, «la première qui a grandi sans Dieu». Auteur de pièces pour le théâtre et la radio, de satires, critiques, reportages, nouvelles et romans, l'Alémanique allie succès critique et public. Les francophones peuvent le lire depuis la parution d'Agnès (2000), et il a reçu le Prix des auditeurs de la Radio Suisse Romande pour Paysages aléatoires (2002). L'héroïne attachante de cette fiction fuyait son foyer norvégien pour se rapprocher d'elle-même; elle décrochait finalement sa destinée de ses fils aléatoires à Paris. On retrouve la Ville Lumière avec Un jour comme celui-ci. «Si j'étais resté à Paris, peut-être aurais-je vécu la vie que mène Andreas», dit Peter Stamm qui a passé plusieurs années à l'étranger, mais s'est établi dans son pays natal. Pour son héros Andreas, le retour en Suisse ne sera qu'éphémère, le temps de constater que «ses souvenirs n'étaient pas plus vivants ici qu'ailleurs» et de finir une histoire d'amour qui avait commencé dans son imagination seulement.
Professeur d'allemand en périphérie parisienne, Andreas mène une existence monotone remplie d'heures de cours, d'occupations et de rencontres immuablement identiques. Certains acceptent le caractère répétitif de la vie par sagesse, lui c'est par angoisse du vide. Comme la plupart des hommes chez Peter Stamm, Andreas est plutôt lâche. Il évite de s'engager émotionnellement, se déclare «pas fait pour les relations durables». Et dans le miroir, il voit un inconnu. Il se sent donc doublement étranger à Paris, où ses nombreuses amantes ne le marquent pas, contrairement à ses cigarettes quotidiennes. Lorsque son médecin lui décèle une tache au poumon, le spectre de la maladie le pousse hors de lui et de chez lui. En somme, le spectre de la mort l'arrache à l'immobilité, métaphore de la mort. S'il a étudié la psychologie, Peter Stamm n'y trempe pas ses textes, tout en esquisses, qui se lisent comme des paysages. Son écriture cinématographique, mais sans effets spéciaux, distille une mélancolie scintillante et enveloppante. Il préfère montrer, suggérer, faire appel aux sentiments et non à la théorie. Il n'enferme pas ses héros dans des schémas et il ne joue pas l'auteur omniscient. Plus qu'à la superficie des choses, aux apparences, il s'intéresse au bouillonnement intérieur. Il suit des êtres ordinaires, aborde des sujets déjà traités, en l'occurrence changer de ville pour changer de vie. Le voyage d'Andreas est géographique et intime. Ce quadragénaire fuit l'asphyxie, qui ne menace pas que ses poumons, et s'approche de la joie, qui dilate l'espace du dedans et du dehors. L'auteur prend congé de lui sous un coucher de soleil frisant le kitsch. Le réalisme n'empêche pas le romantisme.